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Marta Izquierdo Muñoz

Venue à la danse sur le tard après des études de psychologie à Madrid, sa ville natale, Marta Izquierdo Muñoz pratique la danse avec une boulimie certaine (ballet, jazz, contemporain, flamenco, clubbing) avant de signer ses premiers projets personnels à partir de 2007 et créer sa compagnie [lodudo] producción.

Après avoir été interprète, notamment chez Carmen Werner (1996-1998), Catherine Diverrès (CCNRB – de 2001 à 2007) et François Verret (2006-2008), elle oriente ses propres projets vers des formes resserrées (du solo accompagné au trio), voyageuses (France, Espagne, Allemagne, Autriche, Japon, Maroc) et qui prennent le temps nécessaire aux rencontres.

Au début de la compagnie, sans s’interdire la création d’images et d’espaces performatif forts, les pièces, à rebours d’un souci d’efficacité spectaculaire, donnent à expérimenter un imaginaire créé à partir de la personne qui performe, ses forces et ses failles. La matière chorégraphique s’ancre et se prolonge dans des éléments concrets : mots, chant, boue, papier, flaque d’eau, faisceau de lumière, présence d’animaux.

Le langage artistique de Marta Izquierdo se nourrit alors de deux expériences marquantes. Celle de la contre-culture issue de movida madrileña post-franquiste (elle-même inspirée de la Factory de Warhol) et vécue depuis le quartier populaire et gitan de Carabanchel. Et celle de la découverte du butô des origines, qu’elle associe au duende espagnol, où l’esprit se révèle, s’exprime à travers le corps : l’esprit de révolte et les états de transe propres à Hijikata ou, plus spécifiquement, l’hommage à l’Argentina dans lequel Kazuo Ôno réveille en lui le souvenir d’une danseuse flamenca vue des années auparavant, non pour imiter ou illustrer la femme, mais pour « danser sa douleur, ses sentiments, ses extases ».

Les pièces se construisent autour de la création de différents points fixes, comme autant d’espaces performatifs dans lesquels prennent forme des états de corps, souvent prolongés par le travail de voix (paroles ou chant). Les matières ou objets semblent prendre vie, tandis que corps et visages s’étirent et se transforment pour évoquer des matières ou convoquer des spectres, souvent dans un rapport au public très frontal. Les points sont reliés par des cheminements performatifs laissant plus de places aux variations, à une certaine marge de liberté dans l’interprétation.

Le langage chorégraphique peut-être décrit comme une danse concrète caractérisée notamment par divers changements de dynamiques et de qualité de mouvements : de l’extrême lenteur au très véloce, jusqu’à des états proches de la transe ; combinaison du fluide et du saccadé ; d’un travail sur le détail aux effets de masse.

Tout comme ses aînés de la movida madrileña, de la Factory new yorkaise ou de l’angura tokyoïte auxquels elle a consacré une partie de ses recherches, elle s’intéresse particulièrement à révéler la complexité cachée derrière les stéréotypes produits par la culture populaire. Si tout, dépouillé de son apparence ostentatoire, est potentiellement matière à dérision, il est souvent difficile de dissocier le comique du tragique. Ce qui fonde sa démarche n’est pas le nihilisme, mais un humanisme à tous crins.

Ses premières créations sont le fruit de collaborations artistiques régulières (Samuel Pajand, Frans Poelstra, Mark Tompkins, Judith Cahen) ou occasionnelles (Noriko Sunayama, Junko Fuchigami, Jean-François Pauvros), musiciens ou performeurs polymorphes, choisis pour leur capacité, non seulement à traverser plusieurs genres ou disciplines artistiques, mais également à se réinventer chaque fois sous une nouvelle forme. La rencontre consiste alors souvent à se déstabiliser mutuellement en décontextualisant le travail au contact de l’autre, dans un jeu perpétuel entre identité réelle et construite.

Les thématiques de travail actuelles

Son travail est principalement centré sur des figures féminines tiraillées entre la marge et la culture de masse. 

Elle s’intéresse en effet aux représentations de la femme dans la culture populaire et plus précisément au contraste entre le modèle idéal, lisse et formaté proposé par les productions américaines et le recyclage de cette image à l’échelle locale et individuelle, comme dans She’s Mine, My name is Britney Spears, ou IMAGO-GO, centré sur la figure de la majorette. Ainsi décontextualisées, déterritorialisées ces émanations du mythe américain font apparaître des failles, des singularités, du sensible: de l’humain.

Par ailleurs, Marta Izquierdo s’est souvent dirigée vers des personnages féminins ambigus, tiraillés entre la nécessité de se conformer à certaines normes sociales et des pratiques artistiques qui les situent de facto en marge. Elle s’interroge également sur la notion de famille et de communauté, plus ou moins dysfonctionnelles, dans le diptyque IMAGO-GO (2018) et GUÉRILLÈRES (2021).

Dans les créations plus récentes, le travail s’éloigne quelque peu de la veine performative des débuts pour s’orienter vers des pièces de groupe à l’écriture chorégraphique ciselée, pour lesquelles elle se fait accompagner d’un assistant à la chorégraphie (Éric Martin).

Il y a également un désir de se tourner vers différents langages chorégraphiques spécifiques. Ainsi, Admirando la cheikha (2015) s’inspire des danses de cheveux marocaines ; Practice Makes Perfect (2017) met en scène des groupes folkloriques de danses de bâtons ; IMAGO-GO (2018) se penche sur le vocabulaire de la majorette et du twirling-bâton.

Sans doute en écho à une réalité sociale qui se durcit d’année en année, la thématique du combat émerge dans plusieurs des projets récents de la compagnie.

Il s’agit parfois de canaliser le trop plein d’énergie dans une saine émulation artistique comme dans les battles de Krump organisés par la compagnie dans les quartiers nords toulousains (Rize your Krump, 2017, Centre Culturel de Lalande). Ou plus encore dans les laboratoires ALL STYLE développés tout au long de la saison 2019-2020 qui ont réuni une sélection de danseurs confirmés (amateurs ou professionnels) provenant de danses aussi diverses que le popping, la danse classique et contemporaine, le modern jazz, le flamenco, le voguing, les danses folkloriques occitanes ou traditionnelles maliennes… Le bouquet final, outre une forme chorégraphique faisant cohabiter tous les différents styles parcourus, donna lieu à un battle all style mémorable et dépourvu de toutes compétition où se retrouvèrent plus de 300 personnes.

La thématique du combat est également présente dans les deux prochaines créations de la compagnie : GUÉRILLÈRES, autour d’amazones fictives, guerrières de guérilla et DIOSCURES, duo de Titans.

Enfin, le mélange des registres est également au cœur de plusieurs pièces, de la première à la dernière. Ainsi, dès 2008, la critique Rosita Boisseau écrivait dans Le Monde à propose de She’s Mine : « Marta Izquierdo Muñoz est une vraie comique qui pourrait nous embarquer dans une tragédie. Sauf qu’elle a décidé de s’en sortir par le haut. ». Dans GUÉRILLÈRES, on bascule constamment d’un registre à un autre : du satirique au lyrique, du comique au tragique, du réalisme au fantastique.

Marta Izquierdo Muñoz, titulaire du Diplôme d’Etat en danse, conçoit ses activités pédagogiques comme un prolongement de son travail de création.

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